…Par Michel Bettane

Château Meyney

"Le château Meyney est un petit bijou d’architecture médocaine, une élégante chartreuse justement classée à l’inventaire des monuments historiques et dominant un vignoble de 50 hectares, d’un seul tenant, face à la rivière, entre Montrose et Phélan-Ségur.

Historiquement ce fut l’un des premiers à être planté, en raison de l’excellence naturelle de son site et de son micro-climat, probablement par l’ordre des pères Feuillants qui en étaient propriétaires au 16e siècle et qui y avaient établi un couvent. Les gels de printemps y sont rarissimes, comme à Château Latour, et la masse d’eau de la Gironde régule parfaitement les températures de printemps et d’été.

La légère pente de la croupe permet un drainage naturel efficace, mais la nature argileuse du sous-sol, une argile bleue profonde parfois de plusieurs mètres, comme à Petrus, impose d’installer des drains sur quelques “mouilles” qui retiennent un peu trop l’eau. La grave y est sur plus des deux tiers magnifique, tout à fait semblable à celle de son prestigieux voisin et convient admirablement au cabernet sauvignon qui représente lui aussi les deux tiers de l’encépagement. Il est complété par un quart de merlot et 10% de petit verdot, pourcentage anormalement élevé sur Saint-Estèphe et qui explique sans doute le cachet particulier du vin où des notes de cuir et de musc se développent régulièrement avec le temps.

h172367192760941063-180-130--chateau-meyney-2000-vin-rouge Pendant plus d’un quart de siècle Georges Pauli a dirigé l’exploitation viticole pour le compte des domaines Cordier qui possédaient aussi Château Talbot et Château Gruaud Larose à Saint-Julien et Château Lafaurie-Peyraguey à Sauternes. Il y est resté jusqu’à la reprise de la propriété par le Crédit Agricole. Aujourd’hui, Bernard Monteau lui succède, assisté de Jean-Louis Soussotte à la vigne et Denis Rataud au chai, avec comme consultant Denis Dubourdieu. Thierry Budin administre toutes les propriétés du Crédit Agricole et donne progressivement les moyens à son équipe d’améliorer en profondeur viticulture et vinification. Les vins réussis de Georges Pauli avaient quelque chose de flamboyant et baroque et étaient visiblement inspirés par le travail magnifique de ses prédécesseurs depuis un demi-siècle, comme en témoignent les somptueux 1929 ou 1952 que j’ai pu déguster.

Les derniers millésimes, tout en conservant le charnu confortable qui est la signature du cru, sont un peu plus fidèles au classicisme médocain, fondé sur l’équilibre, la précision aromatique, l’élégance et la netteté du tanin. Par rapport à son voisin direct Montrose, plus tendu, plus serré, plus minéral dans son tanin, Meyney séduit par son amorce de goût de truffe, dû sans doute à l’argile, et qui harmonise mieux en primeur les notes épicées et proches du cèdre du cabernet et le grain du bois neuf (environ 40% du parc à barriques). Sa finesse ne s’exprime vraiment - si le bouchon ne trahit pas- qu’après plus de vingt ans de vieillissement, et rejoint alors celle des vins les plus prestigieux du secteur.

Le cru existait peut-être depuis trop peu de temps comme entité individuelle en 1855 ou n’avait pas comme Montrose un propriétaire assez influent et donc ne figure pas dans le fameux classement. Sur la base des plus grands vins de cette dégustation et de la qualité retrouvée des derniers millésimes, je le verrais bien en troisième cru classé et pourquoi pas, si les progrès de fond entrepris dans la conduite du vignoble portent leurs fruits, en second cru classé, classement conforme à son exceptionnel emplacement."


Pour avoir dégusté ce vin de nombreuses fois sur les millésimes 1990, 1994, 1996, 1998, 2000 et 2005, et à la lumière des propos de Michel Bettane, je me suis intéressé à ce Cru Bourgeois méconnu de St Estèphe et il m'est apparu que sur les millésimes généralement encensés 1990, 1998, 2000, 2005 il exprimait un niveau qualitatif remarquable à un prix plus qu'intéressant.

Voici quelques données sur le chai et l'exploitation:

La cuverie Inox, Béton
Vinification Vinification en rouge
Elevage En barrique
Conditionnement Au domain
Encadrement
  • Responsable de culture : Jean-Louis SOUSSOTTE
  • Maître de Chai : Denis RATAUD
  • Oenologue : Bernard MONTEAU
  • Conseil : Denis DUBOURDIEU
Climat et exposition .
Nature du sol et relief Outre les graves garonnaises qui le composent, le vignoble possède un apport original : une veine d’argile bleue épaisse de 3 mètres enfouie dans le sous-sol, que l’on observe aussi à Pétrus.
Surface
  • Surface totale de l'exploitation : . ha
  • Surface en vigne : 51 ha - dont AOC : ha
Récolte moyenne (hl) .
Conduite du vignoble Culture traditionnelle
L'encépagement est constitué de 61% de cabernet-sauvignon, 26% merlot, 3 % de cabernet franc et 10 % de petit verdot. Des vignes âgées de 35/40 ans en moyenne, des rendements sages et des pratiques adaptées permettent de récolter des raisins particulièrement mûrs et concentrés. 
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