Que penser du marché des enchères de vin actuellement au 24 Octobre 2008.La bourse et le vin, même combat ?

Plusieurs ventes aux enchères de grands vins se sont tenues ces derniers jours, au plus fort de la crise qui secoue actuellement les places boursières mondiales. Faisons le point sur les tendances du marché des enchères de vin, en France, mais aussi dans les grandes ventes de Londres et des Etats-Unis.

En France

 

Finie, la période de spéculation enregistrée depuis un peu plus de deux ans. Le monde des enchères de vin est entré dans une phase d’assainissement, pour redevenir un marché d’authentiques amateurs.

 

Alors qu’une bonne part de la clientèle professionnelle se tient à l’écart du marché depuis quelques semaines, les amateurs particuliers répondent présent, en nombre, et le rapport de force est désormais de leur côté. Le moment semble venu pour eux de se positionner sur leurs vins préférés, en guettant les creux de vente qui leur permettront de compléter leur cave dans de bonnes conditions.

 

L’heure est donc à la stabilité sur les grands crus dans des millésimes de garde, mais l’inflexion est sensible sur les années moins prestigieuses. Le marché ne s’est pas encore adapté à cette nouvelle donne, les vins sont encore parfois proposés à des prix trop élevés, calés sur les records enregistrés ces derniers mois. Hormis sur les flacons très exceptionnels les vendeurs devront accepter dans les prochaines semaines des baisses de prix sur les millésimes les moins en vue pour faciliter les échanges.


Bordeaux : la cure d’assainissement a commencé

Les besoins en trésorerie aidant, le volume des vins proposés à la vente s’est sensiblement accru au cours des dernières semaines. La baisse des prix semble donc inexorable. Une tendance qui mérite toutefois d’être affinée en fonction des millésimes.

2005 est une année recherchée, mais pas à n’importe quel prix. La demande étrangère ralentit, les prix se stabilisent. Cette année reste toutefois un excellent placement à terme en raison des caractéristiques du millésime et des excellentes perspectives de garde.

Les échanges sont plus difficiles sur les années récentes qui souffrent d’une mauvaise image, 2002 et 1999 en tout premier lieu, et 2004 dans une moindre mesure. 2003 plafonne, le manque d’acidité du millésime fait peser des risques sur les capacités de conservation des vins et les prix s’en ressentent.

2000 reste stable, hormis sur les liquoreux, qui s’affichent en légère baisse, notamment Yquem.

1995 et 1996 gardent la cote, de même que 2005.
Après trois ans de hausse ininterrompue, le repli est amorcé sur les grands Bordeaux 1990. Ni Petrus ni Lafite ne sont épargnés (dernier résultat à 2200€ pour Petrus 1990 contre une cote à 2500€, Lafite invendu).

Les autres millésimes sont désormais plus difficiles à vendre, sauf les années dites « du siècle » qui tirent bien leur épingle du jeu. Au premier chef, 1959, qui s’affiche à la hausse car il sera recherché au cours de l’année 2009 en tant que millésime « anniversaire ».

A noter, Haut-Brion, le moins spéculatif des 1ers crus, s’en sort bien, avec des prix qui s’affichent à la hausse dans la plupart des millésimes « intermédiaires ». Sur les grandes années qui avaient beaucoup progressé ces dernières années, les prix s’assagissent : 413€ sur le millésime 2000 pour une cote actuelle à 500€.

Bourgogne : la rareté place les plus grands à l’abri de la crise

Le premier cercle des super-stars de la cote (DRC, Rousseau, Roumier …) ignore la crise.

Une caisse panachée 1999 du domaine de la Romanée Conti a été adjugée 18380€.

De beaux résultats ont également été enregistrés cette semaine pour La Tâche, notamment un flacon de 1962, adjugé 3870€.

 

Au-delà de ce premier cercle, les valeurs sûres de la Côtes de Nuits sont toujours recherchées : Trapet, Domaine des Lambrays, domaine A-F Gros et domaine Méo-Camuzet notamment.

Idem pour les grandes maisons telles que Bouchard, avec un Montrachet 2001 en hausse de 23% à 277€. Beau résultat aussi pour La Romanée 1990, adjugée 404€.

Les millésimes 2005 et 2006 (très prometteur) se vendent bien, mais les perspectives de hausse de prix sont désormais limitées.

1999, 2002 et 2003 sont actuellement chers, des baisses de prix devraient intervenir afin de permettre au marché de s’équilibrer entre l’offre et la demande.

1990 est très prisé, mais l’inflexion sur les prix semble également inévitable.

 

Vallée du Rhône : un bel échantillon de valeurs-refuge

Si les cuvées spéciales de vallée du Rhône recommencent à souffrir, à l’instar de la Cuvée Da Capo du domaine de Pegaü), les résultats des dernières ventes témoignent d’une demande soutenue sur les grandes signatures de la région :

Côte-Rôtie : Guigal, Jamet

Hermitage : Jaboulet, Chave, Chapoutier

Châteauneuf du Pape : Château Rayas

Les belles années telles que 1998, 1999 font figure de valeur sûre.

2003 est actuellement très cher, mais la même tendance se dessine.

 

Quelques résultats récents :

Côte-Rôtie La Turque Etienne Guigal 2003 : 543€ (+27%), Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 2003 : 116€ (+33%), Hermitage Jean-Louis Chave 1995 : 185€ (+35%), Hermitage Le Pavillon Chapoutier 1995 : 150€ (+27%), Châteauneuf-du-Pape Château Rayas 2001 : 173€ (+33%).

 

Dans les ventes étrangères

Les flacons d’exception continuent à s’adjuger sur les places étrangères à des prix qui se défient de la crise. Des résultats à prendre avec précaution, tout de même, car ils ont été enregistrés dans des ventes organisées en septembre et dans les tout premiers jours d’octobre.









Crise financière : Le vin se fait valeur refuge


En cette période de crise financière, le vin est en passe de devenir une valeur refuge. C’est ce qu’avance le très sérieux Journal des Finances. Son analyse est fondée sur les résultats du fonds luxembourgeois Nobles Crus, exclusivement dédié exclusivement au vin et qui a gagné 17,48 % depuis le début de l’année. « Les grands crus sont recherchés car ils sont rares, et la demande sur ces produits de luxe est croissante », explique Michel Tamisier, l’un des deux fondateurs. « Malgré la crise financière, le marché reste actif », assure l’hebdomadaire. Les résultats de ventes aux enchères repris dans la dernière newsletter de Nobles Crus en témoignent. Un double magnum de Petrus 1990 estimé entre 10.000 et 15.000 dollars a été adjugé à 17.000 dollars, 12 bouteilles de Lafite-Rothschild 1982 estimées entre 19.000 et 31.000 dollars ont été adjugées à 35.000 dollars. Ce genre de fonds, réservé aux investisseurs capables d’aligner au moins 125 000 euros, montant nécessaire pour souscrire une part de Nobles Crus, n'est pas isolé. « Depuis quelques années, nous assistons à une montée en puissance des fonds d'investissement, constate Pascal Kuzniewski, expert agréé en vins à Mougins. De même, on voit de plus en plus de professionnels devenir de véritables conseillers privés pour investisseurs désirant se lancer à titre personnel sur le marché du vin. »
Autre moyen d’investir dans le vin, les groupements fonciers viticoles (GFV), qui permettent d'acquérir des vignes pour les mettre à disposition d'un fermier qui va les exploiter. Proposés comme des produits financiers, ils offrent la possibilité aux investisseurs de bénéficier de nombreux avantages fiscaux leur permettant d'optimiser leur situation. « Il s'agit avant tout d'une opération de diversification de patrimoine, précise André Manière, dirigeant de Gestion Finance Saint-Vincent. En théorie, son rendement est relativement faible. Il n'excède pas 1,5 %. Mais il peut être sensiblement amélioré lorsque le groupement prévoit d'acquitter tout ou partie du revenu en bouteilles. »

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